Archive | June, 2012

Unknown – Inconnu

24 Jun

Life is beautiful
I keep telling you and it’s killing me
Says the flower
And then she dies
Prévert, “Soleil de Mars”

I wasn’t there for my brother when he died. Not the way I should have been. I was so wrapped into my own grief that, despite being there physically, I didn’t see him pass away. I only saw myself losing him.
We never talked about death at home, as if it only happened to others. Sweet comfortable denial…
Until Life wakes you up.
She must have realised I was in profound denial: I discovered I might have MS the same day my brother found out he had a tumour.
So much for soft wake-up calls!
Still, I wasn’t fully awake when my brother left.
And this keeps haunting me.

Maybe having multiple sclerosis has been a blessing in disguise. Of course, I wish I hadn’t MS. Of course, I am scared of becoming blind, unable to talk or to reason, or to move… But for me MS is not the end. It is a beginning. It grabbed me out of my cocoon and it is teaching me how to die, that is how to live.
When I was diagnosed, I was told it usually takes a few years to “come to terms” with having an incurable disease: “You have to mourn the death of your health and of your dreams.”
But I’m not sure this helps. It only feeds your fear, which grows and grows. It stops your from looking ahead, from stepping forward. Your fear of the unknown disables you. Not the MS.
Like for many people- the Unknown is the essence of my personal challenge:
I remember feeling at a loss in a math class when the teacher said that parallel lines never ever intersect, explaining the concept of “infinity”. I struggled. Imagining outer space upset me even more. My mind couldn’t accept the absence of boundaries. I couldn’t go beyond the “experienced” or at least “the imaginable” into the Unknown. I needed the security of a beginning and an end.
So no wonder the thought of death would freeze me.
Until I let go.
Until ∞,the infinity symbol, started to symbolize life cycles and became beautiful.
MS is teaching me – or trying to teach me – to surrender to the Unknown and to the beauty of Life and Death.

Ps: I still miss you.

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Le vie est belle
Je me tue à vous le dire
Dit la fleur
Et elle meurt
Prévert, “Soleil de Mars”

Je n’étais pas présente quand mon frère est décédé. Pas vraiment, pas comme j’aurais dû l’être. J’étais tellement emmitouflée dans mon propre chagrin que je ne l’ai pas vu s’en aller. J’ai seulement vu que je le perdais.
Nous ne parlions jamais de la mort à la maison, comme si elle n’arrivait qu’aux autres. Le doux confort du déni…
Jusqu’au jour où la Vie vous réveille.
Elle a dû se rendre compte de mon profond déni : j’ai découvert que j’avais très semblablement une SEP le jour même où mon frère a appris avoir une tumeur.
Vous parlez d’un réveil en douceur !
Et pourtant, je n’étais toujours pas éveillée quand mon frère s’en est allé.
Ce souvenir me hante.

Peut-être que la SEP a quelque chose de bon, après tout. Bien sûr, j’aimerais ne pas l’avoir dans ma vie. Bien sûr, j’ai peur de perdre la vue, la capacité de parler, de raisonner ou de bouger… Mais la SEP n’est pas une fin. C’est un début. Elle m’a soulevée de mon cocon et elle m’apprend à mourir, c’est-à-dire à vivre.
Quand j’ai été diagnostiquée, on m’a dit qu’il faut en général plusieurs années pour apprendre à gérer une maladie incurable. « Vous devez faire le deuil de votre santé et de vos rêves. »
Mais je doute que cela aide. Cela ne fait qu’alimenter les peurs, qui grossissent à vue d’œil. Cela vous empêche de regarder devant vous, d’avancer. La peur de l’inconnu vous handicape. Pas la SEP.
Comme pour beaucoup d’autres personnes, c’est l’Inconnu qui est l’essence de mon défi personnel. Je me souviens d’un cours de maths. Le prof nous disait que jamais des droites parallèles ne se croiseraient, expliquant le concept d’ « Infini ». J’étais perdue. Je bataillais. Imaginer l’espace me troublait encore davantage. Mon esprit ne pouvait tout simplement pas accepter l’absence de limites. J’étais incapable d’aller au-delà du vécu, ou du moins de l’envisageable, et d’imaginer l’inconnu. J’avais besoin d’un début et d’une fin pour me rassurer.
Pas étonnant donc que la simple idée de la mort m’ait complètement bloquée.
Jusqu’à ce que je lâche prise.
Jusqu’à ce que ∞, le symbole de l’infini, ne devienne petit à petit symbole des cycles de la vie.
La SEP m’apprend, ou du moins tente de m’apprendre, à m’abandonner à l’Inconnu et à la beauté de la Vie et de la Mort.

Ps: Tu me manques toujours.

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In love – Amoureuse

20 Jun

In love
It might not be reasonable to speak of love after only five days. But I don’t like the expression “to have a crush”… So let’s not be afraid of words. I am in love. Yes I am in love with Seville!
Trapped indoors the whole day, staring at my computer, I only have one desire: to throw myself into her narrow streets. Their white and ochre houses attract me, as a beautiful smile with fleshy lips would. I want to bite them and be devoured.
It’s so easy to get lost. Alleys meet, get tangled, split up. Squares, like tiny twisted stars, here and there try to tidy up this messy situation. I like to slip into their morning. To surprise them in their sleep. Or to squeeze through, carried bu Andalusian buzz.  Then comes the night that undresses me. What a pleasure to leave all windows wide open, to fall asleep and let Seville’s heat brush against my bare skin until sunrise. What freedom, after all the cold Irish nights.
Maybe I’ll soon get bored of Seville’s smile. It doesn’t matter. I enjoy falling in love. I’ll leave you now. It’s time for me to surrender to the charm…

 Amoureuse
Oui je sais, après cinq jours, on ne peut parler d’amour mais  le mot « béguin » ne sonne pas bien… Alors tant pis, n’ayons pas peur des mots. Je suis amoureuse. Et oui, je suis amoureuse de Séville !
Enfermée toute la journée,  les yeux rivés sur l’écran de mon ordinateur, je n’ai qu’une envie : aller me jeter dans ses ruelles. Bordées de maisons blanches et ocre, elles m’attirent comme m’attire un sourire aux lèvres charnues. J’ai envie de les mordre et me laisser dévorer.
C’est si facile de se perdre. Les venelles se croisent, s’enchevêtrent, se séparent. Les places, minuscules étoiles aux branches tordues, tentent ça et là de mettre un peu d’ordre dans tout ce chaos. J’aime m’y glisser tôt le matin. Les surprendre dans leur sommeil. Ou m’y faufiler le soir, portée par l’animation des Andalous. Et puis vient la nuit qui me dévêt. Quel plaisir de laisser les fenêtres ouvertes, de m’endormir ainsi et de laisser la chaleur de Séville m’effleurer jusqu’au petit matin. Quelle liberté, après les nuits froides irlandaises.
Je vais peut-être vite me lasser du sourire de Séville. Peu importe, c’est agréable de tomber amoureuse. Je vous laisse, il est temps de me laisser séduire…

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