Archive | March, 2012

George – George

25 Mar

Glendalough, Co. Wicklow, Ireland

Do not be satisfied with the stories that come before you. Unfold your own book.” (Rumi)

George first visited me ten years ago. Sitting – or slumping – at my desk, I was pondering how European integration shaped the Irish national system of innovation. It was a real pleasure at the time… I loved manipulating concepts, turning ideas over, stretching them and let them bounce back.

But although I spent endless hours researching this topic, I happily let it go after the viva. Not by lack of interest, more to preserve my mental health. I get so depressed when I see how little we learned from the past. Why do we keep making the same mistakes? What about the ones pulling the strings of the world economy, do they have no conscience at all?

But let’s go back to George. Let’s go back to 2002, to my computer and to Douglass North’s article “Where have we been and where are we going?” “In the historical success stories of institutional adaptation, the belief system of the players filtered the information from current experiences and interpreted it in ways that induced choices that led to the modification, alteration, or adoption of institutions that resolved existing problems or led to improvements in competitive performance.”

Douglass North is one of my favourite institutional economists because he takes the human factor into account. And I find his articles reassuring.

But today, I feel a slight discomfort. Maybe it’s my posture. I really have to pay more attention unless I wish to become hunchbacked. I sit up.
The discomfort persists. It may be stress-related too. After all, writing a thesis is trying. Especially since I get so absorbed. I eat, breathe, smell and dream the Irish economy.

An electrical shock runs down my spine and into my legs. It startles me but I recognise it. I know I shouldn’t move my head or I will feel the sharp pain down my back again.
Last year, as I was lying in hospital after the lumbar puncture, tired and worried, the neurologist had joyfully told his students about it and they had all gathered around my bed to witness the famous Lhermitte syndrome in vivo.

This time, I not only feel the electrical current but also a pressure around my ribcage. I’m caught in a vice. I hold my arm folded across my abdomen to ease the discomfort. But the muscles between my ribs tighten. It’s hard to breathe in. My mind splits then and starts a dialogue.

– “Is it a heart attack? There’s nobody in the house. Maybe I should ring someone.”
– “Don’t be ridiculous. Your heart is fine, slightly broken but ok. You’ll be fine.”
– “Seriously, It’s getting really sore now.”
-“Why don’t you lie down and relax. Have a break. You’ll get back to it later.”
I lie down and try to relax.
– “It doesn’t help. It’s getting even worse. ”
– “Getting angry won’t help neither…”
– “What do you want me to do? Start singing “Its raining men hallelujah”!?
– “Why not…”
– “Maybe it’s worth trying, except I cannot sing. Plus, the embrace around my waist is tightening.”
– “Embrace? Hum… I would prefer another type of embrace…”
My mind reunites.
-“ Good idea. Let’s imagine a good-looking man… George Clooney is the first to come to my mind. After all, why not? He will do. He only has to stand behind me, his big hands around my waist, and to hug me, hold me tight. I can feel his warmth, his smell… his embrace.”

Eventually the pain subsided. Whether George’s embrace made a difference or not doesn’t matter. What matters is that it made it easier to cope with the pain and anguish. George seldom comes back but I have other visitors like Albert or Benito, the most faithful one. I also have a list of names awaiting their symptoms. Not in a hurry though…

You may think me weird, if not insane, but I prefer to have visitors rather than unpronounceable syndromes. For health too, the human factor should be at the heart of our concerns. I am also convinced that we can all write our own future, every day. Learning from our past experience, using all the tools we have, we can shape our future or at least make the best out of it.

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Ne te satisfais pas des histoires qui te précèdent. Dévoile ton propre livre.” (Rumi)

La première visite de George remonte à une dizaine d’années. Assise, ou plutôt avachie, à mon bureau, j’essayais d’élucider le mystérieux impact de l’intégration européenne sur le système d’innovation irlandais. À l’époque, j’y prenais un réel plaisir… J’adorais manipuler les concepts, retourner les idées, les étirer et les faire rebondir. Pourtant, malgré toutes les heures consacrées à mes recherches, c’est sans regret que je les ai délaissées après la soutenance. Non par manque d’intérêt mais pour préserver ma sanité. Rien ne me déprime autant que de réaliser notre incapacité à tirer les leçons du passé. Pourquoi répétons-nous constamment les mêmes erreurs ? Et ceux qui tirent les ficelles de l’économie mondiale, n’ont-ils aucune conscience ?

Mais revenons-en à George. Revenons à 2002, à l’écran de mon ordinateur, à l’article de Douglass North intitulé « Où étions-nous ? Où allons-nous ? ». « Dans les cas d’adaptations institutionnelles réussies, le système de croyance des acteurs a filtré les informations provenant d’expériences actuelles et les a interprétées de façon à provoquer les choix qui menèrent aux modifications, changements ou adaptations institutionnelles permettant soit de résoudre les problèmes actuels soit d’améliorer la compétitivité. »

Douglass North est un de mes économistes favoris car il prend en compte le facteur humain. Ça me rassure de lire ses articles.

Pourtant aujourd’hui, je sens un léger inconfort. C’est peut-être ma posture. Je devrais faire attention à me tenir droite sinon je vais finir bossue. Je me redresse. Le sentiment de gêne s’accentue. Le stress doit certainement jouer. Après tout, écrire une thèse de doctorat est éprouvant. Surtout que je me laisse absorbée. Je mange, je respire, je sens et je rêve l’économie irlandaise.

Une onde électrique parcourt ma colonne vertébrale et descend le long de mes jambes. Je sursaute mais je reconnais cette sensation. Je sais qu’il faut éviter de bouger la tête, ce qui relancerait cette douleur vive le long du dos.

L’année dernière, alors que j’étais allongée à l’hôpital après la ponction lombaire, fatiguée et inquiète, le neurologue avait gaiement tout expliquer à ses étudiants qui s’étaient rassemblés à mon chevet pour observer ce fameux syndrome de Lhermiite in vivo.

Cette fois-ci, en plus de l’onde électrique, ma poitrine me comprime. Coincée dans un étau, je croise les bras. Je me replie pour atténuer la douleur. Mais les muscles de ma poitrine se figent. J’ai du mal à respirer. Mon esprit se divise alors et se met à dialoguer.

– « Tu crois que c’est une crise cardiaque ? Je suis toute seule ici. Peut-être que je devrais appeler quelqu’un. »
– « N’importe quoi ! Ton cœur est peut-être brisé mais à part ça, il marche très bien. Ça va aller. »
– « Je suis sérieuse. Ça commence vraiment à faire mal. »
– « Allonge-toi cinq minutes et repose-toi. Fais une pause. Tu reprendras plus tard. »
Je m’allonge et essaie de me détendre.
– « Ça sert à rien. C’est de pire en pire. »
– « Ça sert à rien non plus de t’énerver.. »
– « Et qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Tu veux peut-être que je chante It’s raining men hallelujah ?
– « Pourquoi pas.. »
– « Ça vaudrait peut-être la peine d’essayer, à part que je ne sais pas chanter ! En plus, l’étreinte se resserre de plus en plus…»
– « L’étreinte ? Hmmm je préfèrerais une autre sorte d’étreinte… »
Mon esprit se réunifie.
– « Bonne idée. Imaginons un bel homme. George Clooney me vient à l’esprit le premier. Après tout, pourquoi pas ? Il fera l’affaire. Il lui suffit de se tenir debout derrière moi, de poser ses grandes mains autour de ma taille, de m’enlacer, me tenir serrée contre lui. Je sens sa chaleur, son parfum … Son étreinte.»

La douleur s’est finalement dissipée. Que l’étreinte de George ait ou non joué un rôle, peu importe. Ce qui compte, c’est qu’elle m’a aidée à gérer la douleur et l’angoisse. George revient rarement m’enlacer mais j’ai d’autres visiteurs dont Albert ou Benito, le plus fidèle de tous ! J’ai aussi une liste de prénoms qui attendent leur symptôme. Mais sans empressement aucun…

On me pensera sans doute bizarre, voire proche de la folie, mais je préfère les visiteurs aux syndrômes imprononçables. Dans le domaine de la santé aussi, le facteur humain doit être au cœur de nos préoccupations. Je crois également que nous pouvons écrire notre propre futur, chaque jour. En tirant les leçons de nos expériences passées, en utilisant tous les outils à notre disposition, nous pouvons façonner notre avenir ou du moins en profiter au maximum.

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India – L’Inde

24 Mar

Rishikesh, India

“My quill is now silent. My desire subdued. Let’s burn the incense in the cup filled with myrrh and jasmine. Thus, like flowers in my garden, the poem in my heart will grow. “ (my own translation of a French passage in a video from http://www.maroma.com)

Yoga led me to India. But in my mind, all the beautiful colours, the breathtaking landscapes, the dark yet radiant eyes were mixed up with the intolerable inequalities and the ugliness of dire poverty.  Would I be strong enough psychologically to absorb it all? Would I be strong enough physically to acclimatize?

My friends thought I was courageous to set about travelling on my own, with my friend the Walrus as only company. But against all expectations, she let the perfumes of India drift her away. She only woke up several weeks upon my return, annoyed to have to face the Irish rain and wind.

I came back with new friends, warm memories and a previous little bottle of essential oils. As soon as I open the small bottle, I’m by the Ganga again. I consumed its content little by little, sparingly. I let the sweetness of Palmarosa soothe my senses and the wooded scent of Vetyver and Cedarwood revitalize my body.

I also came back stronger. I know that my Walrus friend stepped aside in front of my determination. After 12 years together, we have come to respect each other’s strengths. I acknowledge her existence. I follow her rules as long as they are for the best but I will not let her take my dreams away.

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 « Ma plume est silencieuse. Mon désir est éteint. Allumons l’encens dans la coupe emplie de myrrhe et de jasmin. Ainsi telles les fleurs dans mon jardin, le poème dans mon cœur grandira. » (extrait d’une vidéo de http://www.maroma.com)

J’ai rapporté de mon voyage en Inde un gel douche aux huiles essentielles : palmarosa, vétiver, gingembre, cèdre Himalaya, verveine des Indes, Ylang ylang… Dès que j’ouvre le petit flacon, je me retrouve aux bords du Ganges.

Mon désir d’aller en Inde m’est venu par le biais du yoga. Mais toutes ces couleurs magnifiques, ces paysages à vous couper le souffle, ces regards à la fois sombres et lumineux se mélangeaient dans mon esprit aux inégalités intolérables et à la laideur de l’extrême pauvreté. Serais-je assez solide psychologiquement pour tout assimiler ? Serais-je assez solide physiquement pour m’acclimater ?

Mes amis m’ont trouvée courageuse d’entreprendre un tel voyage, avec pour seule compagne mon amie la morse. Mais contre toute attente, celle-ci se laissa bercer par les parfums de l’Inde et ne se réveilla que plusieurs semaines après mon retour, contrariée de devoir affronter le vent et la pluie irlandaises.

Je suis revenue de ce séjour avec de nouveaux amis, des souvenirs et un précieux petit flacon d’huiles essentielles. Dès que je l’ouvre, je me retrouve aux bords du Ganges. Je le consomme petit à petit, avec parcimonie. Je laisse alors la douceur de la palmarosa et de la verveine des Indes apaiser mes sens et les senteurs boisées du vétiver et du cèdre revitaliser mon corps.

Je suis aussi revenue de ce séjour plus forte. Je sais que mon amie la morse s’est effacée devant ma détermination. Après 12 ans de vie commune, nous respectons nos forces mutuelles. Je reconnais son existence. Je suis ses règles lorsqu’elles sont justifiées mais jamais je ne la laisserai me voler mes rêves.

The big question – “LA” question

23 Mar

As soon as I mentioned having MS, he offered to try out some NLP or PNI techniques. Both were totally unknown to me and I don’t think I would have tried – not at this stage anyway – if it hadn’t been with him.
So here we are, in my old Georgian apartment overlooking one of the nicest squares in town. Ready for my first guided imagery. I’m lying down, trying to relax. I close my eyes and listen to his voice:

“I am going to speak to you about relaxation, about comfort so your mind can drift off to enjoy a new experience… You don’t have to say anything at any time, just listen.”

No need to answer questions, I think. That sounds easy…  So I follow. I breathe. I relax. I let go. We move on to a beautiful garden… I recall the fountain in the middle of the garden, the sound of the water and the cool sensation as I plunge my hand.

“Do you feel the warmth of the sun’s light?” He asks.
I do. I also feel the gentle breeze on my skin.
“Maybe you can imagine lying down on the soft grass.” He suggests.
It’s such a wonderful idea. The earth is warm underneath my clothes. I feel supported and allow my mind to wander for a while.
“I want you to think about your MS now”. He says.
Oh.
“What do you get out of it?”
Sorry?
“What does it bring you? Do you get more attention now? Is it an excuse to work less?”
Is he really asking that? I’m flabbergasted.
“Think about it. Be honest with yourself.”
I’m confused. Does he know what MS is? MS doesn’t bring anything – it takes things away, doesn’t it? Or does it?
Ok. I wouldn’t mind some extra attention from some people…Maybe I won’t need to finish my thesis now…
I feel like a stripper in front of a mirror, taking off all the layers.
It takes ages. Then he asks:
“ Are you ready to give all these up? Do you want to get healed? Is that your sincere wish?”
Yes I do.

Although this first session didn’t go as I expected, I’m glad he asked me these questions. I remember them when I’m tempted to surrender to my walrus. MS is not curable but I can still be healed…

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Dès que j’ai mentionné avoir une SEP, il a proposé d’essayer quelques techniques de PNL ou de PNI. Je ne connaissais ni l’une ni l’autre et j’ai seulement accepté parce que c’était lui !
Nous voici donc, dans mon appartement géorgien donnant sur un des plus beaux parcs de la ville. Prêts pour ma première visualisation guidée. Je suis allongée et essaie de me détendre. Je ferme les yeux et écoute sa voix.
« Je vais te parler de relaxation et de confort pour que ton esprit se détende et profite de cette nouvelle expérience… Tu n’as pas à parler, à aucun moment. Ecoute simplement. »
Pas besoin de répondre à des questions, me dis-je. Ça me semble facile… Je le suis donc. Je respire, Je me détends. Nous allons dans un magnifique jardin… Je me souviens de la fontaine en son centre, du bruit de l’eau et de la sensation de fraicheur lorsque je plonge la main.
« Sens-tu la chaleur des rayons de soleil ? » me demande-t-il.
Oui. Et je sens aussi la brise légère m’effleurer.
« Tu pourrais peut-être imaginer que tu t’allonges sur l’herbe douce », suggère-t-il.
C’est une idée tellement séduisante. Mes vêtements laissent passer la chaleur de la terre. Je me sens soutenue, épaulée et je laisse mon esprit vagabonder un moment.
« Je voudrais que tu penses à la SEP maintenant » me dit-il.
Oh.
« Qu’est-ce qu’elle t’apporte ? »
Pardon ?
« Qu’est ce que tu en tires ? Reçois-tu plus d’attention ? Est-ce une excuse pour travailleur moins ? »
Est-il vraiment en train de me poser ces questions ? Je suis estomaquée.
« Penses-y. Sois honnête avec toi-même. »
Je suis confuse. Est-ce qu’il sait ce qu’est la SEP ? La SEP n’apporte rien – elle prend tout, n’est-ce pas ? Ou bien..
Ok. Ça ne me déplairait pas d’avoir un peu plus souvent l’attention de certaines personnes… Peut-être que je n’aurai pas besoin de finir ma thèse…
J’ai l’impression d’être une strip-teaseuse devant un miroir, retirant chaque épaisseur, l’une après l’autre…
Ça dure une éternité. Il demande alors :
« Es-tu prête à abandonner tous ces avantages ? Veux-tu vraiment guérir ? Est-ce ton vœux le plus sincère ?»
Oui.

La première session ne s’est pas déroulée comme je l’imaginais. Pourtant, je suis heureuse qu’il m’ait posé ces questions. Je m’en souviens quand la tentation est grande de m’abandonner à la morse. La SEP est incurable mais je peux tout de même guérir.

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